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MATCHING MOLE
Programmer Matching Mole, le nouveau groupe de Robert Wyatt, ex-batteur du Soft Machine, en première partie de Mayall, est une initiative dont l'intelligence n'est apparue à personne. En deux semaines nous avons eu l'occasion de vérifier la règle du « jamais deux sans trois ». D'abord, film exécrable sur James Brown en première partie de « Hendrix plays Berkeley » ! Ensuite, James Royal et autres fleurons de la bubble-gum music, la soupe si vous préférez, en introduction à Jerry Lee Lewis ! Cependant, à la différence de ces précédentes soirées, Matching Mole est un groupe de valeur et mérite d'être revu et réentendu dans d'autres conditions, meilleures, cela va de soi. L'unique et très long morceau (quarante minutes) interprété par Robert Wyatt (batterie et chant), Dave McRae (piano électrique), Bill Mac Cormick (guitare basse) et Phil Miller (guitare), fut marqué par de très grands moments à l'intensité chargée d'incontestable musicalité. Parfois, c'est un risque difficile à supprimer totalement dans cette forme de musique, l'intérêt de la création semble moins évident, les quatre musiciens se cherchant quelque peu, mais une initiative, pas obligatoirement prise par Robert Wyatt (qui n'apparaît pas comme leader-autoritaire-dictateur de Matching Mole, mais plus simplement comme une pièce maîtresse d'un groupe qui en comprend quatre et les place sur un même plan d'égalité), intervient rapidement et relance l'attention des spectateurs.
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Nettement moins froid que Soft, Matching Mole , pèche malgré tout par une certaine rupture avec le public qui se sent par trop non concerné, non participant, simple spectateur-auditeur étranger Mais cette impression tient pour beaucoup aux conditions déplorables et défavorables d'écoute qui entourent ce passage. A la limite, on peut oser prétendre que Matching Mole a été programmé de telle manière que le groupe reçoive un accueil défavorable et soit d'office sabré par la presse. Il n'en a rien été (pour l'accueil du moins) car indépendamment du premier effet de surprise, exprimé par différentes manifestations de désappointement, au compte desquelles figurent quelques sifflets, le public, dans sa majorité, n'a pu ignorer la valeur de cette formation et l'intérêt que représente une musique originale, même si elle se trouve profondément différente de celle tenant lieu de motivation à son déplacement.
JAZZ AND BLUES FUSION
Fidèle à lui-même, à son « Blues for ever », John Mayall a d'office montré la couleur Jazz and Blues Fusion, nom de son nouveau groupe et aussi de son dernier album (Polydor 2391 032) se compose principalement de musiciens noirs oscillant aux alentours de la trentaine et dont le passé suffirait à montrer la valeur s'il était encore besoin d'enlever un doute au sujet des qualités des accompagnateurs dont Mayall s'entoure. La liste prestigieuse des instrumentistes s'étant illustrés (et parfois même révélés à eux-mêmes) au côté du croisé du blues (crusade) est loin d'être close, Jazz and Blues Fusion comprend au moins deux noms qui viennent s'y ajouter le guitariste Freddy Robinson et le saxophoniste Clifford Solomon. Richard « Blue » Mitchell (trompette) ne peut être considéré comme une découverte de Mayall, le constat et l'éloge de ses qualités ayant déjà eu l'occasion d'être fait pour son activité de musicien de jazz. Puter Smith (contrebasse), moins favorisé par le repiquage sono, n'a été véritablement mis en avant qu'à l'occasion de deux chorus durant lesquels il trouva malgré tout le temps de montrer qu'à défaut d'une exceptionnelle classe, il possède néanmoins des qualités suffisantes pour « assurer ». Le batteur est Keef Hartley, seul Blanc de ce groupe, déjà accompagnateur de Mayall par le passé. Lourd, trop sec et dépourvu d'idées autant que de réel feeling (chose impardonnable pour le blues), Keef n'est pas le musicien idéal que l'on aimerait voir présent dans ce groupe. Il faut d'ailleurs remarquer que ces deux derniers instrumentistes sont les derniers rentrés dans Jazz and Blues Fusion et éprouvent d'incommensurables difficultés à remplacer leurs prédécesseurs, ceux-là mêmes qui enregistrèrent en novembre et décembre 1971 l'album sorti à l'occasion du gala en mai : Ron Selico (percussions) et, surtout, le bassiste Larry Taylor. Si on ignore ce qu'il est advenu de Selico, on sait que Larry Taylor a décidé d'arrêter toute activité musicale pendant un ou deux ans, il faut souhaiter que Larry écourtera cette séparation car les grands bassistes ne sont pas si nombreux au point qu'il soit facile de se passer d'un des meilleurs pendant une aussi longue période. Après ces longues digressions, il ne reste plus qu'à présenter (citer car présenter est sans doute superflu) le dernier musicien, John Mayall lui-même, qui se charge de la partie vocale, des harmonicas, d'un piano électrique et, parfois, de guitares. « Parfois » seulement et l'on peut se demander si John avait l'intention d'en jouer à 'l'Olympia, n'aurait été l'insistance d'un spectateur qui lui demanda de le faire. Durant plus d'une heure, Mayall, beaucoup plus décontracté et à l'aise qu'à l'habitude resta assis à son clavier ce que l'on ne peut déplorer car l'intelligence dont il brille, que ce soit en accompagnement (son rond, plein et feutré à la fois) ou en chorus (phrasé sobre, clair et très nuancé) entraîne un charme ininterrompu et pas le moins du monde lassant, mais le Mayall jouant conjointement un thème harmonica-guitare ne manque pas d'intérêt non plus comme le montra le dernier quart d'heure. Au niveau vocal, la continuité est flagrante. Le timbre de voix très particulier lasse certains, mais, pour les amateurs, conserve un indéniable attrait. L'absence de blues lents ne se fait pas sentir dans ce programme (improvisé en ce qui concerne l'ordre des morceaux) duquel se dégage une profonde joie de vivre et de jouer. Mélancolie, tristesse et désespoir ne semblent pas être au compte des actuelles préoccupations-états d'âme du John Mayall 72 la formation, avec assurance et métier (même si ce dernier frôle d'un peu trop près l'ëxpérience « requin ») participe à cette même cérémonie de création musicale placée sous le signe de la bonne humeur. Visiblement, la clémence climatique de la Californie (où il vit dorénavant) et la rencontre des musiciens comme Blue Mitchell ou Freddy Robinson ont eu de bénéfiques effets sur Mayall. Un simple exemple suffit à montrer cet épanouissement : l'usage intensif de musiciens qu'il faisait auparavant semble se réduire et John déclare être décidé à conserver cette actuelle formation jusqu'à l'été, soit près d'un an après sa création (à l'exclusion du remplacement forcé de Larry Taylor et du changement de batteur).

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A l'issue d'un « Mess around » interprété en rappel, Mayall a quitté la scène, pleinement heureux de cet unique gala parisien (il en effectua également deux en province). La sortie du nouvel album coïncidant avec ce concert, il était facile de comparer ce que l'on a pu apprécier de visu et sur le disque. Mais cette analyse n'apparaît pas indispensable. Sortant de l'Olympia, on pouvait avoir envie d'écrire (je ne m'en suis d'ailleurs pas privé) : « John Mayall en état de grâce », après l'écoute de l'album (rehaussé par la présence bénéfiquement envahissante de Larry Taylor et la flagrante supériorité de Ron Selico sur Keef Hartley) on est tenté de réviser son jugement en considérant que le véritable « état de grâce », Mayall et Jazz and Blues Fusion l'ont connu les 18 novembre, 3 et 4 décembre, à Boston et New York. Cette constatation-appréciation à rebours n'enlève rien au plaisir direct provoqué par le concert à l'Olympia, qui reste un des grands moments musicaux de ces pourtant chargées dernières semaines.
Jean-Paul Commin.