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Volume Two
1969
Soft Machine
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LA DISCOTHEQUE IDEALE 2 PAR PHILIPPE MANOEUVRE
The Soft Machine - volume Two
Probe
Philippe Manoeuvre
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Les Soft Machine reviennent d'une épuisante seconde tournée américaine en première partie de Jimi Hendrix Experience et ils ont perdu leur bassiste. Kevin Ayers quitte le groupe, quitte la musique et va vivre sa life à Ibiza d'où il ne "s'autorise même pas à envisager son retour".
La maison de disques Probe est furieuse : elle a signé le trio pour deux albums. Le premier a été livré et sort d'ailleurs, mais où est la suite promise ? Coincés, Mike Ratledge (claviers) et Robert Wyatt (batterie) sont menacés de lourds problèmes légaux. Et c'est ainsi qu'un groupe psychédélique qui aurait dû faire un unique album expérimental et rester dans les posters pour ses premières parties de Hendrix se remet au boulot et va publier une suite de projets majeurs, orientant la pop vers l'avant-garde et le jazz. Pour enregistrer "Volume Two", les deux musiciens contactent un copain roadie/ bassiste nommé Hugh Hopper (qui zone alors en minibus Volkswagen jaune citron sur les routes d'Espagne avec une fiancée). Une époque... Hopper revient jouer avec Soft. Andy Summers (futur Police) est là. Jam générale. Hopper apporte avec lui un curieux objet : une pédale Shaftshurry Duo Fuzz. C'est une pédale basique à deux boutons de contrôle (volume et balance). Cet engin extraordinaire change totalement le son de la basse Fender qui devient Fuzz Bass. Hugh Hopper peut soudain lutter avec les hurlements des claviers de Ratledge.
Des coups de fuzz, il y en avait eu dans le rock. Paul McCartney le premier sur "Rubber Soul" ("Think For Yourself") jouait sa fameuse basse violon Höfner dans un ampli construit spécialement pour lui par les ingénieurs d'Abbey Road. John Entwistle des Who avait marqué son territoire ("The Ox"). Hugh Hopper porte la basse vers des hauteurs jamais fréquentées. En ce sens, les Soft Machine sont de grands sculpteurs soniques. Ils compensent ainsi le cruel départ de leur compositeur Kevin Ayers. Robert Wyatt est à la peine. Hopper lui apporte une solution géniale : cette prise de pouvoir de la basse, ultra gonflée et jouée par un virtuose, change complètement la donne. Il fallait être un groupe underground réputé pour pouvoir oser cela. Les premières jams sont prometteuses. Une offre de concert tombe : la première partie de Jimi Hendrix Experience au Royal Albert Hall.
Le set de Soft consiste en deux titres, deux suites, "Esther's Nose Job"
et "Rivmic Mélodies". Ce seront les deux faces de l'album 2.
Mike Jeffery, manager de Hendrix, réserve un énorme studio chez Olympic Sound.
Glyn Johns enregistre, en quatre pistes.
Les séances s'organisent sur quatre semaines, en février et mars.
Personne dans le groupe n'envisage réellement de poursuivre l'aventure
Soft Machine après l'enregistrement. C'est donc avec le sentiment
de boucler l'histoire que ce disque définitif est enregistré.
Mike Ratledge aurait besoin de cuivres sur quatre titres. Le budget ne permet pas
d'envisager ce luxe. Un seul saxophoniste, Brian Hopper, copain du groupe, est
coopté. Il apporte son ténor Selmer Mark VI. Les trois musiciens ont enregistré
leurs parties en live. Ils overdubbent saxophones et voix. Tout le disque a été
écrit, joué et enregistré par Robert Wyatt, Mike Ratledge et Hugh Hopper.
Il est crédité à Mike Jeffery, producteur exécutif (lequel a réservé le studio).
Tout commence par une "Introduction Pataphysique Part 1" — Soft avait été
reconnu orchestre officiel du mouvement du même nom — et Robert Wyatt se
contente de chanter... l'alphabet. Surgit un solo de basse éléphantesque intitulé
"Hibou Anémone And Bear". Tous les éléments psyché traditionnels sont là,
écho sur la voix, piano, flûte enterrée dans le mix et pourtant, sur ce disque
unique, les Soft partent dans une autre direction. Et enregistrent "le Sacre Du
Printemps Psychédélique" (Bertrand Burgalat).
Souvent, le dimanche midi, à la télévision française, on pouvait les voir,
en trio, déménageant un instrumental de quinze minutes chez Denise Glaser.
Quelle était cette musique ? D'où venait sa convulsive beauté ? Harmonies,
staccatos de batterie, soubresauts d'orgue et de basse, pour un lit voluptueux,
unique, rnarmoréen ?
Chaque membre du groupe apporte des idées démentes. L'alphabet sera rechanté en conclusion de la première face : à l'envers cette fois. Robert Wyatt signe "Dada Was Here" qui doit être "chanté en espagnol". Les tempos partent en 13/8, signature du combo. "Hulloder" raconte la fameuse tournée US qui a failli carboniser définitivement les Soft. Le groupe restant reconnaissant à Jimi Hendrix de cette folle aventure. "Have You Ever Bean Green ?" raconte ça. Des années après, dans Rock&Folk, Kevin Ayers précisait : "Soft Machine et Jimi Hendrix, quelle affiche contrastée ! Il fallait y penser... Le noir et le blanc ! Soft Machine, nous étions cérébraux, intellectuels, nous avions lu les surréalistes très jeunes... Et Hendrix, c'était le sexe brut dans ta face, un musicien fantastique. Hendrix était une comète humaine. Le contraste entre nous et lui devait déjà être stupéfiant..." A force de jouer ils sont devenus bons, à force d'assister chaque soir aux shows de Jimi, les Soft ont été irradiés. Des choses ont bougé dans leurs crânes de jeunes dandys qui ont tout lu, tout écouté. Ils vont donner au rock la direction d'un paradis mélodique perdu.
Soft Machine n'était pas un groupe de rock ? On réécoutera à ce sujet "As Long As He Lies Perfectly Still" (face B). Ensuite de petits messages subliminaux sont envoyés à Kevin Ayers ("Why, why, why are we sleeping ?"). Thème de l'absent à nouveau développé sur l'étonnant "Dedicated To You But You Weren't Listening". Et ainsi de suite. Diversité, recherche, audace, prise de risque... Soft Machine en ces instants universels tire des bourres à Zappa. Le disque sort sous une pochette designé par Byron Gotto et Henry Epstein. Pour tenter de passer en radio, la maison de disques exige que les longues suites soient découpées en 17 petits bouts nommés séparément sur la pochette. Peu après l'enregistrement de cet album, les Soft vont le présenter chez John Peel (Top Gear). On les retrouve en studio donnant un coup de main à Syd Barrett et ils n'arrêteront jamais : une formation nommée Soft Machine continue de tourner et enregistrer aujourd'hui. Soft Machine : l'Atlantide du rock.
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ALOHA - N° 12 -van 3 tot 17 oktober 1969
The Soft Machine - volume 2
Command/Probe CPLP 4505
P. S.
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De soft Machine is altijd een van Hitweeks lievelingen geweest en zolang de groep nog zulke platen blijft maken en zulke indrukwekkende concerten blijft geven als pas nog in het Concertgebouw zal dat zeker zo blijven. De tweede elpee van de groep is weer een van de belangrijkste gebeurtenissen in het platenseizoen en ik geloof niet dat zoiets nog heel erg toegelicht hoeft te worden.

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Iedereen die de groep een beetje kent houdt heel erg van de muziek die de jongens maken, maar misschien is het toch wel een beetje moeilijk om uit te leggen waarom deze groep zulke uitstekende muziek maakt en groepen als The Nice alleen maar flauwekul. Ieder z'n smaak natuurlijk, maar toch lijkt de muziek van de Soft Machine veel belangrijker dan het meeste dat er op het ogenblik uit Engeland komt. Mike Ratledge zelf wist in het interview dat een tijdje geleden in deze krant stond te vertellen dat er op het ogenblik groepen zijn met goeie ideeën en groepen met een behoorlijke muzikale vaardigheid, maar dat er maar heel weinig groepen zijn die dit op een goeie manier weten te kombineren. De Soft Machine is zo'n groep en het opvallende is misschien wel dat er door die groep muziek gemaakt wordt die zowel aanslaat bij rokers en trippers, als bij gewone popliefhebbers, jazzliefhebbers en ook soms wel minnaars van moderne klassieke muziek. Er wordt wel gezegd dat de Soft Machine van tamelijk veel jazz-achtige verworvenheden gebruik maakt en dat is waar in die zin dat ze wat struktuur, melodie, harmonie en ritme betreft dingen doen die in de pop meestal niet beroerd worden, maar daar staat tegenover dat ze toch steeds in de eerste plaats pop zijn blijven maken. Ze streven naar een Sound, maken gedrieën één hecht stuk geluld zonder dat ze zich te buiten gaan aan allerlei zeer Individuele expressies. Ze blijven muziek maken voor jou en niet voor zichzelf. En ze maken die muziek niet alleen zeer knap en subtiel, maar ook op een hele gewone manier vanuit de muziek zonder daar allerlei buitenmuzikale nonsens voor nodig te hebben. Goed, zo zouden we nog even door kunnen gaan, maar laten we het nog even over deze plaat hebben.
Kevin Ayers is vervangen door Hugh Hopper en dat maakt ietsje uit omdat Hopper aktiever bezig is in de geluidsklomp waarin verder de klavierinstrumenten van Ratledge en de drums van Robert Wyatt zo overtuigend bezig zijn. Wyatt zingt weer alles op deze plaat met zijn prachtige fragiele stemgeluid en ook op deze plaat staan weer twee lange nummers die uiteenvallen in meest kleine speelse, maar ook grotere stukken. Het is zo ongeveer de muziek van het laatste concert van de groep en het enige nadeel vergeleken met het vroegere werk lijkt het ontbreken van kleine grapjes. Verder is het eigenlijk nog beter.
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ROCK'N'FOLK - N° 35 - décembre
1969
Volume Two - Soft Machine
Philippe Paringaux
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Le second disque des Soft Machine est aussi étonnant
que le premier, ahurissant collage d'idées toutes plus originales
les unes que les autres, problème insoluble pour tous les
amoureux des classifications tant l'art du groupe défie l'analyse.
Rien n'est plus excitant que d'écouter ces trois formidables
instrumentistes / compositeurs créer mille climats différents
sans jamais se perdre, allier avec une aisance (qui ne peut être
que le fruit de l'expérience ajoutée au talent) la
rigueur des thèmes à la spontanéité
jaillissante de leurs développements. Je ne crois pas que
la musique des Soft Machine soit, comme on l'a prétendu,
une musique intellectuelle. Elle est au contraire très accessible,
pour peu que l'on veuille se donner la peine d'écouter, en
ayant pris soin auparavant de se laver ses oreilles de tout ce qu'elles
peuvent contenir de "culture" et d'idées reçues
(c'est la même chose). Ce "Volume Two" est, d'un
bout à l'autre, une oeuvre extrèmement élaborée
sans être un instant froide. C'est peut-être la plus
grande qualité des Soft Machine, que de ne jamais sombrer
dans l'exercice de style, de ne jamais faire de la recherche sonore
ou harmonique une fin en soi. On peut fort bien écouter ce
disque sans se prendre la tête entre les mains, sans chercher
à tout prix un message à déchiffrer entre les
extraordinaires échafaudages qu'édifie le groupe.
La musique des Soft Machine peut être acceptée telle
qu'elle est, je veux dire instantanément, et si Ratledge,
Wyatt et Hopper s'amusent à nous compliquer la vie en donnant
à leurs thèmes les titres les plus invraisemblables,
il ne faut pas oublier qu'ils sont pataphysiciens, et il n'est pas
absolument nécessaire de donner tête baissée
dans leurs panneaux. Le raisonnement est peut-être simpliste,
mais il me semble que vouloir analyser fragmentairement cette musique
n'aboutirait qu'à la désarticuler et à lui
ôter toute vie. La formidable et très cohérente
masse sonore (qu'ils jouent bas ou fort, vite ou lentement.... Le
SON est omniprésent) qu'est la musique des Soft Machine doit
avant tout être subie. Par les sens ET par l'esprit, d'accord,
en cela leur musique peut être qualifiée d'intellectuelle,
mais pas seulement par les uns ou par l'autre. Et, à tout
prendre, surtout pas par le second...
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ROCK'N'FOLK - HORS-SERIE N° 34 - 1954-2016 - LA GRANDE DISCOTHEQUE - décembre 2016
The Soft Machine - Volume Two - Probe
Bertrand Burgalat
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Il y eut quelques mois où même les minables faisaient de bons disques. La situation de Hugh Hopper, Mike Ratledge et Robert Wyatt était moins confortable : ces types étaient trop doués. "Sacre du Printemps" psychédélique, leur deuxième album propose déjà, avant même que le genre n'explose, un autre voyage. Soft Machine, formation Swinging London par excellence, n'en convoque jamais les poncifs, sitar et cordes Bombay pour scènes de jerk Persuaders. Basse et orgue plongés dans la fuzz, un peu de piano, l'usage modéré (pour l'époque) de l'écho et une voix d'Adamo sous pastilles explorent, effleurent, cherchent et trouvent sans démontrer. La production, subordonnée aux idées qu'elle suscite, néglige la forme, déconcertante. On retrouvera chez Can ces manières frustrantes, laissant entrevoir les choses en disposant à la hâte les pressentiments. Sortie en beauté du cahier des charges rock, la musique de la joie ne s'arrête jamais, intense et inspirée. Ce qu'il y a de plus beau sur Terre se trouve dans la vingtaine de mesures de "Pataphysical Introduction Part 2". Si Soft Machine se pique de jazz, c'est un jazz idéalisé, libertaire, ignorant les montées de gammes et procédés modaux qui vont rendre l'improvisation tellement… prévisible. Ce n'est pas le seul domaine que nos amis abordent en touristes : il y a chez certains groupes anglais une attraction bien compréhensible pour le Bassin méditerranéen, paysages de version latine, cyprès, jeunes femmes drapées, éphèbes à cheveux bouclés et sandales Palais des Papes. L'imagerie pompéienne culminera avec le "666" d'Aphrodite's Child et le Pink Floyd de "Ummagumma" "More" et "Meddle". Elle prolonge les escapades tropéziennes des Soft Machine été 1967, leur prestation naturiste au Festival de la Libre Expression et ce light show total dont ils sont les inventeurs. Tout est là, en filigrane et spontanéité, dans ces morceaux qui persistent à surprendre après plusieurs centaines d'écoutes. Cette tragédie psychédélique annonce toutes les dérives et en sublime quelques autres, ébauche d'une musique solaire qui porte en germe sa propre mort.
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