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 Petite fable humaine - Vibrations N° 97 - Octobre 2007


   


En guise d'ouverture, une citation tirée de ce nouveau Robert : « Les Grecs séparent les choses en comédie ou tragédie. La comédie ne signifie pas la drôlerie, mais implique simplement les fables humaines, à l'opposé de la tragédie qui concerne les Dieux et le Destin. Ainsi, ceci comprend des fables humaines (...) et si pour terminer je chante un hymne à Che Guevara, je ne cherche cependant pas de nouveaux dieux, mais parle encore et toujours de fables humaines. »

Acte 1 : Robert Wyatt victime de la gravité, condamné à la perpétuité d'une chaise roulante pour être tombé d'une fenêtre du quatrième étage. Autrefois.

Acte 2 : Aujourd'hui. Robert Wyatt maître de la gravité, jouant malicieusement des sens de ce mot si lourd de conséquences. Sa musique atteint des sommets de légèreté (ici, rien de commun avec superficiel, mais synonyme de douceur, finesse, grâce) tout en considérant le Monde tel qu'il le mérite, c'est à dire avec sérieux, dignité, voire sévérité. Avec l'âge, sa barbe lui donne un air de Tolstoï et l'on perçoit chez cet infatigable engagé politique un mélange de tendresse et de colère.

Acte 3 : Robert Wyatt affranchi du rythme comme de la mélodie, connaisseur averti de leurs moindres sentiers et chausse-trappes, se riant du tempo comme les enfants jouent à saute mouton. Il n'y avait guère que Monk pour aborder les principes de bases de la musique contemporaine avec une telle désinvolture magnifique. Robert Wyatt compose et enregistre son « Comicopera » en mode « automatique » ne découvrant qu'au final les tenants et aboutissants de l'œuvre. « Les plans comme les concepts sont limitatifs » déclare le maître de cérémonie. Oubliez l'idée d'un concept-album, ce fourré-tout des années 70, voici né le post-concept-album, dont lui seul a le secret.

En guise de final, une autre citation du Grand Robert : « La musique n'est pas un plaisir abstrait ; lorsque vous jouez un disque, elle est une compagnie. La raison pour laquelle j'aime Duke Ellington, Charles Mingus et les big bands, c'est parce que chaque caractère du groupe est identifiable comme personne - Voici un groupe d'humains dans une même pièce. » II en va de même en cet opéra avec dans la distribution Paul Weller, Brian Eno, Phil Manzarek, Alfie Benge, Monica Vasconcelos, Anja Garbarek, Garcia-Lorca... : des amis, des présences, au long de ces seize pièces, belles, fascinantes et fragiles comme l'humanité du conteur Wyatt.

Thierry Sartorett






Publicité pour Comicopera parue dans le N° d'octobre 2007 de Vibrations