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 Tambours majeurs - Dossier spécial Batteurs - Robert Wyatt - Rock'n'Folk - N° 103 - août 1975

 


De Carmine Appice à Robert Wyatt, tout ce qui cogne des peaux et fouette des cymbales sur le tempo de rock. Par Jean-Pierre qui roule Leloir et l'habile Manœuvre.


INTRO

L'un des disques les plus vendus de toute l'histoire du rock est « In-A-Gadda-Da-Vida », de l'Iron Butterfly. Vous vous souvenez... Une face de vingt-six minutes, traversée par un solo de batterie... La France n'a pas peu contribué au succès de ce disque, puisque par ici on trouve les chiffres de « In-A-Gadda-Da-Vida » très loin devant « Sergeant Pepper » et « Beggars Banquet » réunis. Et c'est justice pour la batterie !
Les mieux placés sur scène ne sont jamais les batteurs. Guitaristes et organistes offrant leur plus glorieux profil se querellent, déversent l'un sur l'autre des cascades de notes, se noient dans les rappels de leurs éducations respectives. Les guitaristes, la chose est connue, sont des bêtes sensuelles, brandissant des engins d'où peut à tout moment surgir une foudre que les premiers rangs recueilleront précieusement. Les organistes leur opposent une toute autre tradition, religieusement apprise sur l'harmonium de la paroisse, faisant appel aux fondements de notre civilisation et de plus en plus à ses aboutissements technologiques, synthétiseurs et moogs venant tout naturellement à leur secours. Les chanteurs sont comme des prétextes. Les bassistes sont des gens réservés et ombrageux. Alors, il ne reste plus que le batteur, cet homme caché du public par un mur de peaux, de cheveux et de muscles pour établir la balance, et ramener par ses interventions toute cette électricité à ses dimensions premières. La batterie rock est essentiellement binaire, et va chercher sa pulsation par delà le blues, dans la simplicité des rythmes tribaux. Ron Bushy, batteur de l'Iron Butterfly, ne figure pas dans cette anthologie. Beaucoup d'autres non plus... Place et temps nous sont comptés, qui nous ont empêché de louer à leur juste valeur quelques drummers qui nous sont, pourtant, aussi chers qu'à vous. Ceux du heavy métal, particulièrement, manquent ici. Bientôt, justice sera rendue dans R'n'F aux fans des Stooges, Cult, Purple, Sabbath, Led Zep, Seeds et autres Blue Cheer.
Dès lors, nous avons tenu à faire figurer, dans un souci d'efficacité, les têtes de pont de la batterie, ceux dont beaucoup, plus jeunes et sans doute plus valeureux, descendent.
Au chapitre des Anglais, on ne trouvera pas ces gens que l'on n'a pas fini de célébrer, Simon Kirke, l'angelot de Bad Co ou son frère Jerry Shirley, d'Humble Pie. Manquent en vrac: la très planante rythmique d'Hawkwind (Simon King et Alan Powell). Le complètement fou Viv Prince, des Pretty Things. Le délicat Paul Thompson, de Roxy Music. Les joviaux Twink et Pip Pyle. Mike Giles, perdu dans les studios avec Gerry Conway, roi des sessions folk. Phil Collins, cœur de Genesis. Kenny Jones, cogneur des Faces. Et BJ Wilson, de Procol Harum. Et chez les Américains, Corky Laing, et Don Brewer qui fit avec le Funk danser plus de gens que vous n'en verrez jamais. Et John Densmore, clef des Doors. Et la rythmique des Allman Brothers (Jai Johansen et Butch Truck), deux monstres de cool. Et mon grand espoir, Bill Lordan (de Robin Trower) qui concilie si magnifiquement soul et rock. Et Moe Tucker, du Velvet. Et Stu Cook, le pouls de Creedence. Et Jerry Edmonton, dynamo de Steppenwolf. Et Bill Kreutzmann et Greg Elmore et Ed Cassidy de la West Coast. Et Ed Marimba et Art Tripp, les bizarres. Et l'admirable Levon Helm, du Band. Et Kenny Buttrey, le stakhanoviste de Nashville. Et Lenny White, nouveau prince du jazz-rock. Mais assez pour chanter les absents ! Leur tour viendra si vous le voulez ; maintenant, place aux drummers qui ont défriché, inventé, et surtout et encore battu une musique qui sans eux aurait été bien froide.



ROBERT WYATT

BIO : Né à Bristol, Robert Wyatt fait ses études à la Langdon School. Dès son plus jeune âge, son père lui fit également enseigner piano, batterie, violon et trompette. Dans le secondaire, il rencontre Mike Ratledge et Hugh Hopper. Leurs dieux sont Cecil Taylor et Charlie Mingus. Un de leurs amis, Daevid Allen, ne possède pas moins de 200 disques de jazz, qu'il a patiemment importés de Paris. Quand Ratledge part pour Oxford, les autres fondent un trio de jazz qui leur permettra de crever de faim jusqu'au départ d'Allen pour New York. Il revient en 1964, ramenant Kevin Ayers dans ses bagages. Ratledge quitte l'université, et ils fondent Soft Machine. Malgré l'U.F.O., la France semble plus ouverte, et ils s'y installent. On les remarque en 68 au Palais des Sports. Sur les trois premiers albums, Robert joue de la batterie et chante. Mais la musique des Soft va se glacer sous l'impulsion de Ratledge. Pour compenser, Robert joue dans de grands rassemblements, façon Symbiosis et Centipede. En juillet 71, c'est le « Soft 4 », un pas de plus vers le jazz. Wyatt ne chante plus du tout. Il avait collaboré durant l'hiver au « Banana Moon » de Daevid Allen, réalisé un premier album solo, « The End Of An Ear ». Il quitte le Soft et fonde Matching Mole. Après deux fantastiques albums, le groupe est dissous devant l'insuffisance du public. Wyatt traverse une de ces périodes de désarroi paranoïaque dont il est coutumier. Lors d'une party, il tombe du quatrième étage. Il en restera paralysé à vie, mais il continue à enregistrer chez Virgin. Pour ceux qui reviennent de Bornéo: deux albums à ce jour sont parus. Dont un chef-d'œuvre, « Rock Bottom ».

STYLE: II est douloureux de revenir sur celui qui fut, avant son accident, une petite boule débordante d'énergie et sautant perpétuellement sur le siège de sa batterie jaune. Le « drumming de Robert Wyatt » était à juste titre célébré dans les milieux underground. Dès le premier album de Soft, il avait ce pouvoir propulseur, cette magie éclairée qui lui permettait de déborder du rôle ordinaire de batteur pour entraîner l'auditeur le plus récalcitrant vers le rêve, ou la transe. C'est lui qui accrochait le plus l'oreille vierge. Le sound original, martelé très rapidement de la grosse caisse, les chambres d'écho branchées sur les toms et utilisées avec une diabolique habileté... Jusqu'au « Soft 4 », le jeu de Wyatt gagnera en rigueur forcée ce qu'il perd en folie, cette folie proche du free et peu à peu interdite par un Ratledge obsédé par la technique. On retrouve néanmoins jusqu'au Fourth le halètement des peaux à nul autre semblable, les spirales rythmiques qu'on dirait inspirées par les dessins d'Escher. Chez les autres, la frappe de Wyatt ferait un solo. Il accompagnait... Matching Mole ne ramena pas la dimension précédente, tant espérée par quelques-uns. A cela, plusieurs raisons, entre autres un abandon progressif de la batterie (qui n'a jamais été son instrument favori) pour se consacrer aux vocaux. Sur scène, par contre, l'explosion rythmique se produisait encore, faite de halètements crépitants, swingants et géniaux, tourbillon de peaux, de cymbales et de cheveux.

MATERIEL : Kit Ludwig jaune. 1 énorme grosse caisse. 1 tom alto. 2 toms basse (1 derrière la charleston). 1 charleston Hollywood. Des chambres d'écho sur les toms.

ENREGISTREMENTS : Soft Machine : « One », « Third ». Matching Mole : « Little Red Book ». « Banana Moon », « The End Of An Ear ».