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 Soft Machine - Best N° 13 & 14 - Août et septembre 1969





SOFT MACHINE


Au temps lointain du psychédélique, un des groupes vedettes des repaires des hippies, était les Soft Machine. A cette époque, leur recherche musicale et leurs light shows firent école.

Depuis, les goûts et surtout les modes ont changé mais les Soft Machine ont gardé un public fidèle et enthousiaste à Paris.

Et pourtant je ne connais pas un groupe plus rébarbatif… Personnellement ce sont de charmants garçons, musicalement, ce sont de sauvages égoïstes. Je ne vous énumérerai pas leurs divers et éblouissants diplômes. Cela étonne tellement qu’on puisse penser sous des cheveux longs !

Les Soft Machine ont choisi la musique pour se réaliser spirituellement. Ils n’ont, paraît-il, pas encore atteint leur but, mais ils nous ont déjà donné une musique surnaturelle, fantastique, sensuelle, pleine de délires et de fantasmagories hallucinogènes.

Où en sont-ils maintenant, après un long silence, des changements de guitariste et de maison de disques ? Pour « faire le point », ils m’ont emmenée chez le frère de Robert Wyatt qui habite à Montparnasse en tant que correspondant du Daily Express ». Là, nous avons pris du café en mangeant du fromage et des fruits en parlant de tout et de rien…

Les Soft Machine en ont assez de leur carrière actuelle.

Michael Ratledge : « Je ne veux plus que l’on nous reconnaisse seulement sur des vieux morceaux qui datent de deux ans. »

Ils recommencent à zéro : Kevin est parti parce que la tournée américaine a été trop longue.

« Vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble s’est avéré impossible, nous ne nous entendions plus du tout, c’était devenu insupportable. Maintenant à Londres, en nous voyant et en jouant ensemble seulement de temps en temps, nous sommes de nouveau très amis.







C’est terrible ce que la routine et le surmenage des tournées peuvent être éprouvants pour le psychisme. Cela a été une expérience intéressante, nous avons remporté beaucoup de succès dans « l’underground circuit ». Mais maintenant c’est terminé, nous sommes en train de préparer très sérieusement un L.P. qui devrait nous donner un nouveau départ sur des bases plus stables. Pour continuer à créer, il nous faut un but, et à part quelques « jam-sessions », les tournées n’ont rien de passionnant si ce n’est bien sûr l’aspect financier du problème. Et puis notre « underground public » était souvent aussi innocent que les plus jeunes teeny-boopers : ils nous trouvaient géniaux parce qu’ils ne comprenaient rien à notre musique.

- Et vous êtes contre le commercial ?

- Cela dépend duquel, si par hasard notre musique obtient un succès commercial, nous ne l’aurons pas voulu, ce sera le public qui en aura décidé ainsi. De toute façon, nous préférons être des précurseurs, ce qui est l’antithèse de l’aspect commercial. Nous voudrions donner à la pop music ce que le jazz moderne a apporté au jazz New-Orléans. Notre entreprise est donc à une vaste échelle et je ne sais pas si nous en verrons la fin ou la réussite. Mais son succès posthume ne me déplairait pas.

On ne parle pas souvent des Soft Machine et vous avez l’air de rester volontairement dans l’ombre. Pourquoi ?

Je ne voudrais pas qu’on parle de nous pour nos seules têtes ou même pour notre talent musical, nos virtuosités de musiciens. Je veux que l’on connaisse notre musique. C’est tout. C’est même assez comique parce que peu de personnes ne nous connaissent ou nous reconnaissent à Londres. J’ai été à la fois satisfait et horriblement gêné un jour des éloges dont m’accablaient quelques types qui s’exclamaient sur notre spectacle.

- Vous vous référez souvent au jazz, votre opinion est-elle que le jazz et la pop music sont conciliables ?

- Cela donnera surement quelque chose un jour et je souhaite que le groupe y soit pour quelque chose !

- Pour finir, dites-moi quelle est l'origine de votre sonorité si bizarre ?

- C'est infiniment simple : je jouais sur un orgue très faible, très mauvais même, alors j'ai ajouté une "fausse-caisse", j'ignore comment vous appelez cela."

Voilà donc tout le mystère : un simple bricolage.


Catherine Claude
       
     
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