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Mongezi Feza



Photo: Rita Knox

Mongezi Feza, trompettiste et flutiste sud-africain irradie Rock Bottom et Ruth Is Stranger Than Richard de ses sonorités en cascade démultipliées par le re-recording. Michael King rapporte dans Wrong Movements combien Robert Wyatt tenait ce musicien en très haute estime: "Mongezi avait une manière d'utiliser sa trompette qui était si claire, si forte, si puissante, qu'il n'y avait jamais de merde avec lui. Il était très exigeant envers lui-même. Lorsqu'il jouait, il jouait vraiment."

Lors du même entretien, il révèlera à quel point les circonstances de sa disparition en 1975 l'avaient affecté au moment même où il envisageait une collaboration régulière avec lui: "J'avais pensé à lui pour des projets à venir, un genre de sparing-partner pour mes futurs albums. Il était le collaborateur parfait pour accompagner ma voix, car sa trompette était claire. Je pensais qu'il pourrait faire des chansons, il pouvait faire tout ce que je lui demandais. La mort de Mongezi a eu un effet dramatique sur moi."

Dans le 120ème numéro de la revue Improjazz, Olivier Ledure retrace la carrière de Mongezi Feza en répertoriant la quasi totalité de ses apparitions discographiques. Cet article est la meilleure introduction à l'oeuvre d'un musicien insuffisamment reconnu.


Mongezi FEZA, le premier trompettiste
sud-africain de free jazz


Il y a 30 ans, Mongezi Feza mourait à l'âge de 30 ans.


Il était né en 1945 à Queenstown (Afrique du Sud). Il est mort le 14 décembre 1975 à Londres dans des conditions particulièrement dramatiques : parti à l'hôpital se faire soigner pour dépression, il serait mort d'une pneumonie provoquée par l'absence de chauffage. Ses amis, les autres Blue Notes, lui rendirent deux semaines plus tard, un magnifique hommage pendant plus de sept heures. Des extraits de cette session constituent le double album Blue Notes for Mongezi. Signalons que le jeune magazine musical Atem (c'était le n°2) connut alors son heure de gloire: paru à la mi-janvier 1976, il fut parmi les premiers à colporter la nouvelle de cette disparition en Europe continentale. Et c'est avec cette mort que la malédiction s'abattit sur les Blue Notes.

Mais revenons quelques années en arrière, en 1962, pour trouver la première trace d'un enregistrement de 'Mongs' dans les meilleurs moments du festival de jazz de Moroka-Jabavu. Il joue sur un seul titre du groupe appelé Eric Nomvete's Big Five. Le morceau, intitulé Pondo Blues, avait été écrit par le leader de l' ensemble: En septembre 1963, Mongezi ne fait toujours pas partie des Blue Notes: il appartient encore au sextet Swinging City, dirigé par Ronnie Beer. Il joue bien dans The Castle Lager Big Band conduit par Chris McGregor, mais ce n'est qu'après cet enregistrement (The African Sound) qu'il rejoint les Blue Notes, le 30 octobre très précisément, et commence sa carrière avec eux.

A la fin du siècle dernier, il existait seize enregistrements sur l'intégralité desquels 'Mongs' jouait. Douze d'entre eux sont concentrés sur les cinq dernières années de sa vie.

> McGregor & The Castle Lager Big Band, The African Sound
   Gallo (1963)

> The Blue Notes, Live in South Afrika
   Ogun (1964)

> Chris McGregor Groups, Very Urgent
   Philipps (1968)

> Friendship Next of Kin, Facets of the Universe
   Goodie (1969)

> Brotherhood of Breath, Brotherhood of Breath
   Neon (1971)

> Assagai, Assagai
   Vertigo (1971) > Assagai, Zimbabwe
    Philips (1971)

> Brotherhood of Breath, Brotherhood
   RCA (1972)

> Matata, Independence
   President Records (1972)

> Dyani / Temiz / Feza, Rejoice
   
Cadillac (1972)

> Dyani / Temiz / Feza, Music for Xaba
   Sonet (1972)

> Dyani / Temiz / Feza, Music for Xaba Vol.2
   Sonet (1972)

> Brotherhood of Breath, Live at Willisau
   Ogun (1973)

> Dudu Pukwana, In the Townships
   Virgin (1973)

> Dudu Pukwana, Flute Music
   Virgin (1974)

> Dudu Pukwana, Diamond Express
   Arista (1975)

Et, je ne compte pas ici le 45 tours qu'il a enregistré avec le Globe Unity, ni les deux autres 45t faits avec le chanteur nigérian Tunji Oyelama et avec les Blue Notes, ni même les participations ponctuelles, par exemple aux côtés de Robert Wyatt ou avec Henry Cow.

Mais, depuis 2001, ce ne sont pas moins de cinq CD's (dont deux doubles) qui permettent de mieux cerner son jeu de trompette - trompette de poche le plus souvent.

> Brotherhood of Breath, Travelling Somewhere
   Cuneiform (1972, sorti en 2001)

> The Blue Notes, Township Bop Propper
   (1964, sorti en 2002)   
   NB: Rappelons qu'il s'agit ici d'un bootleg qui présente la toute première séance des
   Blue Notes qui, quelques mois plus tard, allaient se produire en Europe, créant la sensation
   au festival d'Antibes - Juan les Pins de 1964.


> Elton Dean's Ninesense, Live at the BBC
   HUX (1975, sorti en 2003)

> Brotherhood of Breath, Bremen to Bridgewater
   Cuneiform (1971, sorti en 2004)

> Mongezi Feza, Free Jam
   Ayler Records (1972, sorti en 2004)

Et, mes conversations avec Keith Knox, Hazel Miller et Lars Rasmussen me laissent penser que nous n'en resterons pas là !

Ajoutons que les compositions de la plume de ce formidable trompettiste et flûtiste (qu'il interpréta lui-même) se comptent sur les doigts d'une seule main : Sondela, Sonia, Flute Music, Mad High et You cheated me.

Je n'ai pas été capable de mettre la main sur une version jouée par son créateur du fameux You ain't gonna know me 'cos you think you know me. En revanche, nombre de musiciens ont repris ce thème (comme Louis Moholo-Moholo, le Dedication Orchestra, Zim Ngqawana et Ezra Ngcukana). Et d'autres lui ont rendu hommage, comme Abdullah Ibrahim, Evan Parker, Hotep Galeta et les Blue Notes donc.

En dehors des compositions à trois de Music for Xaba ('Mongs' fut particulièrement à l'aise dans ce groupe) et des compositions à six (sur l'album où il était l'invité, avec Temiz, du quartet de Bernt Rosengren lors d'une séance d'improvisation en 1972) qui lui sont formellement attribuées, ce fut tout.

La diversité des styles pratiqués par 'Mongs' est impressionnante: tout d'abord, kwela (notamment dans le LP enregistré avec G. Mrwebi) ou bien jazz ellingtonien (le LP enregistré par McGregor & The Castle Lager Big Band) ; il passe, ponctuellement, du funk (l'enregistrement avec Matata, produit pour la petite histoire par Joe Mogotsi, un des quatre chanteurs des Manhattan Brothers, LE groupe vocal masculin d'Afrique du Sud) au free jazz, surtout. Citons à cet égard l'excellent vinyle du groupe de McGregor en 1968, le CD sorti l'an dernier par Ayler Records et les différents enregistrements du Brotherhood of Breath sur le label Cuneiform. Sans oublier les participations au jazz progressif anglais (par exemple, l'album intemporel Rock Bottom).

Je ne suis pas un spécialiste de la trompette de jazz, mais Feza fut souvent comparé à Don Cherry : j'ai surtout le sentiment d'une réelle originalité qui se manifeste notamment par ses très courtes phrases délivrées en chapelet. C'est en raison de celles-ci que quelques critiques de jazz citèrent Dizzy Gillespie parmi ses influences.

Je laisse au créateur de Rock Bottom (peut-être le plus beau solo de trompette - enregistré en rerecording - de 'Mongs' , sur ce qui restera comme le disque à emmener sur une île. . . ) le mot de la fin :

Thank you Mongezi Feza. (. . .) I'm still living off the heat.
Robert Wyatt, notes de pochette d'Ixesha par le Dedication Orchestra, octobre 1994.

Pour cet article, je me suis aidé de la documentation suivante :

- Lars Rasmussen, Mbizo, a book about Johnny Dyani, The Booktrader, Copenhague, 2003
- Lars Rasmussen, Jazz People of Cape Town, The Booktrader, Copenhague, 2003
- Lars Rasmussen, Cape Town Jazz, 1959-1963, The Booktrader, Copenhague, 2001
- Improjazz n°60, novembre & décembre 1999
   L'édition de cette livraison sous la houlette d'Hazel Miller livre les chroniques de la totalité
   (d'alors) des disques du label Ogun. Deux photographies par Horace (page 25) et Thierry
   Trombert (page 31).
- Maxine McGregor, Chris McGregor and the Brotherhood of Breath, Bamberger, Flint, 1995
- The Wire n°12, février 1985.
   Ce magazine anglais présente un dossier qui s'intitule Afro jazz: Evolution & Revolution
   (pages 24 à 43). Ce dossier est compilé par musicien. Mongezi Feza est présenté page 32.
   Cinq photographies par Jak Kilby.

et me suis régalé de revoir combien ce musicien réservé devenait un lion en furie, sa bouche déformée par une seule poche bien ronde; les livres présentés ci-dessous contiennent des photographies de Mongezi Feza (seul le photographe est cité) :

- Guy Le Querrec, Jazz, Light and Day, Federico Motta, Italie,2001 (page 85)
- Jurgen Schadeberg, The Black and White Fifties, Protea Book House, Molenpark,
   Afrique du Sud, 2001 (page 24)
- Basil Breakey, Beyond the Blues, Township Jazz in the '60s and '70s, David Philip,
   Claremont, Afrique du Sud, 1997 (pages 34 et 35)
- Jak Kilby (lan Carr), Music Outside, Contemporary Jazz in Britain, Angleterre,
   1973 (entre les pages 116 et 117)
- Valerie Wilmer, The Jazz Scene, Hamlyn, Angleterre, 1972 (pages 100 et 101)


Olivier LEDURE
Improjazz n° 120 (novembre & décembre 2005)

IMPROJAZZ c/o Ph. Renaud
14 allée des myosotis, 41000 Blois
Web : http://perso.wanadoo.fr/improjazz


Blue Notes For Mongezi (OGUN OGCD 025/026)