One Night Stand
2015

W M W S

   
 


 
IMPROJAZZ - septembre 2015

WMWS : One Night Stand
Improjazz PRMK LP 003

Olivier Delaporte

 

La sortie de ce vinyle puis de la version cd de cet enregistrement est non seulement une excellente idée mais aussi une sorte de pied de nez à la morosité discographique actuelle. Dans un contexte ou peu de disques arrivent vraiment à séduire, voici donc un enregistrement qui vient ou revient de très loin.

WMWM puisque c’était le nom initial du groupe n’a vécu que quelques mois durant l’année 1973, son existence ayant été brutalement stoppée par l’accident dont fut victime Robert Wyatt en juin de cette même année. A l’origine donc ce quartet était constitué de Wyatt à la batterie, Dave MacRae aux claviers, Gary Windo au saxophone et Ron Mathewson à la basse. Hormis un pirate (concert à la BBC) qui circule discrètement, il existe deux morceaux de cette formation sur l’album « anglo american » de Windo paru en 2004 chez Cuneiform, c’était déjà bien mais aussi frustrant de ne pas en avoir davantage à se mettre dans les oreilles. Avec une formation légèrement différente Richard Sinclair remplaçant Ron Mathewson et amenant du coup une guitare basse nous disposons enfin d’un album entier consacré à ce groupe. Cet enregistrement est d’importance à plus d’un titre ; d’abord il met en évidence l’incroyable richesse de cette scène musicale que l’on a appelé prog ou Canterbury mais d’un point de vue plus singulier, il souligne aussi l’ambivalence que Robert Wyatt entretenait à l’époque avec le champ de l’improvisation liée au jazz. On pourrait imaginer que Wyatt a fondé Matching Mole pour rétablir la part rock et un peu plus structurée qui tendait à disparaître dans la musique de Soft Machine. Son premier album « The End of a ear » (un chef d’œuvre) opère aussi un perpétuel balancement entre improvisations et thèmes plus construits. Mais « Rock Bottom » va donner une direction dont il ne dérogera plus, vers une musique plus écrite et plus facile à identifier du côté d’un rock très sophistiqué que du côté du jazz. « One night stand » arrive au cœur de cette période, après Matching Mole et « The end of a Ear », avant « Rock Bottom ».

« One night stand » est donc une longue improvisation mais qui se déploie en plusieurs phases. Elle commence par une ambiance presque contradictoire ou l’on peut entendre d’un côté la basse de Sinclair et le clavier de MacRae s’engager dans un dialogue assez calme, semblant vouloir installer tranquillement un thème mais dans le même temps la voix modifiée de Wyatt et les assauts sur-aigus du saxophone de Windo offrent un contrepoint en opposition à la lente progression des deux autres, cette étrange juxtaposition contient en fait en germe l’un des aspects de l’album. Puis s’installant à la batterie c’est Wyatt qui semble indiquer la direction au moins au début. En effet pendant une dizaine de minutes il n’est pas possible d’identifier avec précision un thème mais on perçoit assez clairement que les interventions des musiciens sont guidées par le rythme qui évolue d’ailleurs plusieurs fois. MacRae qui oscille entre clavier et piano est dans un premier temps un peu plus présent que Windo. Jonglant entre une rugosité contrôlée et de brusques montées dans les « hautes octaves ». Le saxophoniste apparaît puis se tait pour mieux revenir. Ses notes raisonnables ponctuées de cris sur-aigus sont tempérés par la chaleur du clavier de MacRae ; d’une certaine façon c’est aussi peut-être le clavier qui permet à Richard Sinclair de trouver sa place lui qui reste au fond assez discret et parfois même en retrait. Le jeu de Robert Wyatt ressemble à celui qu’il développait dans Soft Machine, préférant une présence plus directe à une recherche de sophistication. De fait il contribue largement à l’énergie palpable qui se dégage de cette improvisation de plus de quarante minutes. Improvisation certes mais pas dénuée de structures, j’évoquais plus haut le rythme comme base des dialogues mais à plusieurs reprises on repère aussi certaines phrases s’échappant du clavier de MacRae qui ont peut-être été écrites ou au moins fait l’objet d’un accord tacite! Régulièrement en effet il est possible d’identifier comme sortant d’une cohérence entre Wyatt et MacRae des bribes de thème plus construits qui s’évanouissent assez vite mais qui laissent une trame sur laquelle vont jongler les musiciens. le procédé est d’ailleurs parfaitement identifiable aux deux tiers de l’improvisation lorsque apparaît un motif d’inspiration caribéenne qui serait tout droit sorti de l’imagination de Windo que cela ne m’étonnerait pas et sur lequel les musiciens vont converser avec un naturel déconcertant.

Free jazz? Jazz rock? Prog? Ou tout à la fois? C’est sûrement la dernière proposition qui est la plus valable. Ce disque montre en tous cas à quel point cette scène fut bourgeonnante d’idées et de liberté. Robert Wyatt, Gary Windo mais aussi Elton Dean ou Lol Coxhill étaient à cette époque assez impossibles à catégoriser de par le simple fait qu’ils ne voulaient pas se restreindre. C’est précisément ce que montre ce disque qui ne ressemble ni au free de l’époque, ni au jazz rock de Miles Davis et des autres mais pas davantage à « fourth » de Soft Machine. Un disque dont l’intensité et la sobriété manquent actuellement. Ce « One night stand » permet aussi d’apprécier Richard Sinclair et Dave MacRae dans un univers musical qu’ils n’ont pas trop eu l’occasion de côtoyer et il offre encore une chance d’entendre le fantastique Gary Windo dont les préoccupations étaient moins carriéristes qu’artistiques; il en résulte une liste d’enregistrements inversement proportionnelle à son talent; de ce point de vue WMWS vient donc un peu rendre justice. S’il fallait encore trouver une raison pour se procurer ce disque, rappelons que l’on aura vraisemblablement pas d’autres occasions d’entendre ce groupe aussi génial qu’éphémère.



 
LE SON DU GRISLI (blog) - septembre 2015

WMWS
One Night Stand

Pam Windo

 

ONE NIGHT STAND is Michael King’s last gift to the fans of the UK”s improvised music scene of the 1970s. Of course, like everyone else, I had no idea it would be his last. As a longtime friend, I knew he was very troubled that music could be downloaded for ‘free’ on the Internet, and he positively hated what he considered “the catastrophe” of today’s technology….even though he used some of it to engineer and re-master the lost treasures he always had the knack to discover. ONE NIGHT STAND is one of those treasures.

The recording was made one night in the Upstairs Room at Ronnie Scott’s Club on Frith Street, in those days a rather seedy red-light district. The continuous 45-minute improvisation is both flowing and serious in tone. It would be Robert Wyatt’s last performance playing drums, as he would have his back-breaking accident only two months later.

I was in touch with Michael King for weeks about the CD, a copy of which he had sent me to listen to. He was concerned about how the musicians would get paid, and kept hesitating about where to place it. He was also, as usual, concerned about the sound quality. I suggested that it was a 40-year-old recording, that it was a brilliant and unique performance, and that he should go with the offers he had. I also said: “Keep your creative force moving along and do this album.” And he did. A few months later he committed suicide. The recording is now out on vinyl and on CD, and he would be very proud.




 
LE SON DU GRISLI (blog) - septembre 2015

WMWS
One Night Stand

Pierre Cécile

 

Il est vrai… j’étais venu là (à l’Upstairs Room du Ronnie Scott’s Club le 14 avril 1973 sur invitation du label Improjazz) pour Robert Wyatt. A la batterie, il faisait pulser (et comment !) l’improvisation d’un quartette d’un soir. Avec lui, il y avait le saxophoniste Gary Windo, le claviériste Dave MacRae et le bassiste Richard Sinclair. Juste après l’enregistrement de Rock Bottom, l'homme de Soft Machine travaille à une tout autre affaire. Plutôt de manière informelle, comme on dit, il improvise. Avec MacRae son comparse de Matching Mole, il donne au set un goût de rock prog et de fusion (le clavier électrique n’y est pas pour rien, MacRae faisant même penser au Chick Corea des seventies sur la deuxième face). Mais malgré l’efficacité du duo, c’est peut être Windo qui opère le mieux et donne une cohérence aux nombreuses séquences de jeu. Plusieurs fois il intervient avec autorité et, dans ses solos, vire au free. A ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir. D’ailleurs, si j’étais venu là pour Robert Wyatt, c’est bien Gary Windo qui aura retenu mon attention. Depuis, il l’a même conservée.



 
       

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