Dondestan
1991

Robert Wyatt

   
 


 
LES INROCKS - 26 septembre 1991

Robert Wyatt : Dondestan

Christophe Conte
 

Coquin de sort ! Scélérate ironie ! Ce nouvel album de Robert Wyatt nous parvient le jour même où Gorby décide l’abandon de la lutte des classes, éparpillant ainsi, façon puzzle, l’un des derniers dogmes marxistes aux quatre coins de l’ex-empire des tsars. Pauvre Robert, pour lui qui ne publie plus qu’un album par plan quinquennal, ces quelques années écoulées depuis le précédent, Old rotten hat, doivent avoir un sérieux arrière-goût de désillusion. Le rouge n’excite guère plus que les taureaux et les ennemis d’hier ont revêtu des habits respectables, Mandela est libre, l’apartheid décomposé et l’Angleterre a troqué sa vieille sorcière contre John Major aux allures de gentleman. Quant à la guerre du Golfe, elle a réduit en peau de chagrin les derniers fantasmes égalitaires de l’utopie tiers-mondiste. Diable ! Que reste-t-il au vieux militant comme juste combat à mener ? Réponse ici avec Dondestan, en français où sont-ils ??, qui pose le problème des apatrides. Une façon comme une autre de ne plus s’engager aux côtés d’une doctrine incertaine en optant pour une cause aussi consensuelle qu’insoluble dans un avenir proche. Et puis, au-delà, il reste les chansons, ces mélopées fluides qui percent le palpitant des uns et brisent les nerfs des autres. Dès le premier titre, l’ex-Soft Machine déstabilise son petit monde en le plongeant dans le labyrinthe d’une rythmique à mettre hors d’usage le plus performant des pace-makers. Tout l’art de Wyatt réside dans cette fameuse résistance aux codes préétablis, sans courir derrière une prétendue modernité, à l’instar de bon nombre de ses contemporains mais uniquement par nécessité émotionnelle. Comme celles de son vieux complice Kevin Ayers ou comme chez le Van Morrison d’Astral week, les compositions de Robert Wyatt se situent hors des limites du palpable et seuls les funambules et les astronautes maîtrisent avec un tel bonheur les lois de l’équilibre. On aura beau se référer au jazz et à sa noblesse pour quadriller une œuvre trop ambitieuse pour notre quotidien futile du rock. Ou bien au chant des sirènes car nul ne sait à quoi il ressemble. En vain, c’est de vertige dont il s’agit ici. Ce vertige qui l’a cloué dans un fauteuil roulant, Wyatt ne cesse depuis de le provoquer, de lui faire payer sa dette pour une vie brisée. La musique ici n’est qu’un prétexte et on ne peut qu’en admirer la beauté extérieure, la coquille. Le cœur, et par conséquent la plus grosse part de vérité, reste pour nous désespérement impénétrable.



 
GUITARES & CLAVIERS - Octobre 1991 - N° 123

Robert Wyatt : Dondestan

Nicolas Ungemuth
 

Dix-sept ans après « Rock Bottom », Robert Wyatt sort enfin son quatrième album solo. A la première note du premier morceau, à la première écoute, on sait déjà que c'est lui. Ce chant qui joue comme un instrument à vent, ces claviers apparaissant comme une brume et s'évanouissant brusquement, c'est Robert Wyatt de retour. « Dondestan », du début à la fin, est un pur chef-d'œuvre. Un disque qui traumatisera à vie les pseudos gourous du nouvel âge et les petits banquiers qui s'encanaillent le samedi soir en écoutant de la musique mondiale avant de s'inscrire au Paris Dakar. Pas d'étiquette viable pour « Dondestan ». Juste la beauté faite musique. De longues dérives construites comme des mirages, et des textes (de la femme de Wyatt, la Alfie de « Rock Bottom ») d'une simplicité désarmante mais à la beauté primitive essentielle. « Dondestan », c'est le génie de « Rock Bottom », la sérénité en plus et la mort en moins. Un disque capital qui nous assure encore au moins dix-sept ans de surprises intarissables.



 
THE WIRE - September 1991 - Issue 91

Robert Wyatt : Dondestan (wire winner: unprivatised pop)

Jonathan Coe
 

ONE OF the most heartening things about Wyatt's  work   is   its  sense  of continuity, however sporadic his album releases might have been over the last 15 years. The soundscape of Dondestan is instantly recognisable: the layers of rippling, droning keyboards, the complex percussive effects achieved with a minimum of fuss, and above all (literally) that fabulous voice. Tentative but commanding, fragile but resolute: one of the greatest voices in British music.

Continuity need not mean repetition, of course, and this album finds Wyatt charting out new territory as well as revisiting the old. "Shrink Rap" takes us back to the cheerful experimentations of Ruth Is Stranger Than Richard, with stomping, dissonant piano lines and some verbal rhythms which recall Dury's "Reasons To Be Cheerful" rather than Public Enemy. The other songs on side two mine Old Rottenhat's vein of politicised lyricism: simple chord progressions over which the melody lines wander and spiral and soar, their mixture of passion and quirkiness ruling out any question of ideological inflexibility (also kept at bay by the characteristic self-deprecatory tone of the lyrics).

The rest of the album features settings of verse written by Wyatt's wife, Alfie. We already know from his record sleeves what a good painter she is; it now also transpires that, as a poet, she has a real gift for evoking physical detail in a language which is both inventive and unpretentious: "We could hear it before the shutters were open/The wind on the beach/Then we found miniatures and dunes/On the concrete of the balcony/And a dead leaf zigzagging/Scratching an urgent message in sandscript/Before hitching a ride on a frisky gust" ("The Sight Of The Wind").

The combination of these different sensibilities might have made for a patchy and disjointed album, but instead the two strands fruitfully interweave and fold in upon each other. The polemic of Wyatt's "CPGB's", for instance, which could easily have seemed like too-obvious sarcasm ("Privatise the sea/Privatise the wind . . . Dont waste good air/Breathing isn't paying its way") acquires resonance and vitality from the heartfelt celebrations of the natural world which have preceded it. In fact the assurance with which this whole record conflates steely intelligence with honest-to-goodness musical pleasure proves beyond doubt that Wyatt is losing none of his edge. Seems like nothing can stop him.




 
       

Critiques/Reviews